Véritable homme fort du pays, le chef d'état-major de l'armée a qualifié le régime de « gang » de « voleurs » ayant « pillé le pays ».

 Le général Ahmed Gaïd Salah aux côtés du président déchu Abdelaziz Bouteflika, à Cherchell, en Algérie, en juin 2012. Ramzi Boudina / REUTERS
Personne ne sera épargné par les enquêtes en cours dans des affaires de corruption et « l'heure des comptes » a sonné, a affirmé lundi 17 juin le chef d'état-major de l'armée algérienne, le général Ahmed Gaïd Salah, attribuant la crise économique en Algérie aux malversations. Depuis la démission du président Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril, face à un mouvement inédit de contestation toujours en cours, qui qualifie le régime de « gang » de « voleurs » ayant « pillé le pays », la justice a ouvert une série d'enquêtes visant d'influents hommes d'affaires et des responsables politiques liés au chef de l'Etat déchu.

Devenu de facto le véritable homme fort du pays, le général Gaïd Salah, qui fut durant quinze ans un pilier du régime déchu, a réitéré « la détermination » de l'armée algérienne « à accompagner la justice » et à « la protéger ». La justice doit « mener à bien » ses enquêtes, « en déterrant tous les dossiers et en les traitant en toute équité [...], de façon à faire comparaître devant la justice tous les corrompus quels que soient leur fonction ou leur rang social », a-t-il ajouté, dans un nouveau discours prononcé lors d'une visite sur le terrain.
« Offrir des têtes » à la contestation
« La lutte contre la corruption n'admet aucune limite et aucune exception ne sera faite à quiconque [...]. L'heure des comptes est arrivée » et il est « temps d'assainir notre pays de toute personne malhonnête », a prévenu le général Gaïd Salah, qui a estimé que « la cause fondamentale de la crise économique dont souffre » l'Algérie « est un problème de gestion en premier lieu ».
« Les deniers publics étaient, pour certains gestionnaires, de l'argent commun [...] où ils se servaient à volonté [...], en toute impunité et sans contrôle ou considération », a-t-il dénoncé. « Cette gestion illégale » a débouché sur « des projets stériles et sans intérêts réels pour l'économie [...], octroyés de manière sélective et à des montants astronomiques sous forme de crédits, ce qui a perturbé la cadence du développement en Algérie », a-t-il poursuivi.

Une dizaine d'influents hommes d'affaires soupçonnés d'avoir profité de leurs liens privilégiés avec M. Bouteflika et son entourage pour obtenir des contrats publics ou des avantages ont été placés récemment en détention préventive. La justice a également lancé ces derniers jours des poursuites contre plusieurs anciens hauts responsables et notamment écroué deux anciens premiers ministres de M. Bouteflika, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal.
Certains observateurs s'inquiètent d'une possible instrumentalisation de la justice algérienne pour servir le double objectif « d'offrir des têtes » à la contestation tout en favorisant une purge dans le cadre de luttes de clans au sommet.

Source : Le Monde avec AFP/18-6-2019