Le ministre de l'Intérieur envisage que ce sujet soit abordé lors du débat annuel promis au Parlement dès septembre. Des quotas! Le mot est lâché. Christophe Castaner a annoncé, ce dimanche, dans le JDD, que le gouvernement était prêt à débattre en septembre avec le Parlement de l'instauration de «quotas» migratoires en France.

En janvier, Emmanuel Macron avait, de son côté, dans sa Lettre aux Français, évoqué l'idée d'« objectifs annuels» migratoires qui pourraient être fixés par le Parlement. Le député LR des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, met en garde: «J'avais fait cette proposition dans l'Hémicycle, il y a plus d'un an. Le gouvernement et sa majorité très à gauche s'y étaient systématiquement opposés», se souvient-il. Pour lui, «ce débat annoncé est un leurre pour masquer l'impuissance des actes». Un piège tendu à la droite ?

 
Une chose est certaine: le président Macron est à la manœuvre. «Il faut être vigilant sur l'immigration. Ce sera le sujet de 2022», aurait-il dit en petit comité. Les derniers chiffres, il est vrai, montrent que l'immigration n'est plus maîtrisée, avec à peine une expulsion de clandestin sur dix réellement exécutée. Les immigrés en situation illégale sont des centaines de milliers à rester sur le territoire national. Les seuls allocataires de l'aide médicale d'État (AME) sont 330.000.
« En matière d'asile, les quotas sont contraires à nos engagements internationaux - et à mon éthique personnelle. Toute demande d'asile doit être examinée, ce qui ne veut pas dire acceptée » (Christophe Castaner).

L'hôte de Beauvau se trouve ainsi embarqué dans un exercice délicat: évoquer de nouvelles pistes, en se gardant bien de les reprendre à son compte. En préambule, il déclare: « En matière d'asile, les quotas sont contraires à nos engagements internationaux - et à mon éthique personnelle. Toute demande d'asile doit être examinée, ce qui ne veut pas dire acceptée.» Il ouvre ensuite une porte: « La question des quotas pourra être posée dans le cadre du débat pour d'autres modes d'immigration légale.» On pense bien sûr à l'immigration économique, familiale ou étudiante.
Mais c'est pour aussitôt refroidir les ardeurs des plus enthousiastes: «Je rappelle que le rapport Pierre Mazeaud, en 2009, avait conduit à l'époque à écarter cette voie, nuance-t-il. Veillons aussi à ce que le débat sur l'immigration ne focalise pas sur le nombre d'immigrés: parlons aussi de la qualité de l'intégration, c'est prioritaire - et nous avons fait en la matière des efforts inédits, avec le doublement des heures d'apprentissage du français, par exemple.»
Le projet d'instauration de quotas migratoires en France est un serpent de mer. Tout comme l'idée d'un débat parlementaire annuel sur l'immigration, il vient de la droite, plus précisément de la sphère Sarkozy. L'ancien président, alors ministre de l'Intérieur, s'est converti à l'idée des quotas en juin 2005. «L'immigration du travail ne représente en France que 5 % du flux d'immigrés. Cela n'a pas de sens. Je propose qu'il y ait chaque année au Parlement un débat pour savoir de quoi et de qui nous avons besoin. Même chose pour les étudiants étrangers. La France ne peut être le seul pays au monde à ne pouvoir décider qui doit et qui ne doit pas entrer sur son sol», déclarait-il dans Le Figaro le 30 juin de cette année-là.
Brice Hortefeux fut ensuite nommé ministre de l'Immigration et commanda à Pierre Mazeaud, en janvier 2008, un rapport qui, curieusement, enterra le projet. Trois ans plus tard, Claude Guéant tenta, à l'Intérieur, de mettre en œuvre une forme d'«immigration choisie», à laquelle il dut finalement renoncer. L'afflux de migrants du printemps arabe de 2011 rendait toute politique sélective illusoire.


«Le problème, explique un préfet, ce ne sont pas les entrées mais les sorties. Que fait-on des illégaux dont les pays sources ne veulent plus?» Rien de neuf sur ce front-là. Il y avait 15 000 reconduites en 2001. Il n'y en a guère plus aujourd'hui.
Au sommet de l'État, on laisse filtrer que la loi Collomb asile-immigration de 2018 serait la coupable. «Mais c'est l'Élysée qui l'a pilotée et Collomb a fait ce qu'il a pu», estime un sénateur. Le sujet migratoire reste décidément le terrain privilégié de toutes les postures.

Source : lefigaro.fr/17-6-2016